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Dvaravati et la civilisation môn/1Un des premiers Etats indianisés de la péninsule indochinoise

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Deux articles traitent de la civilisation Dvaravati : le premier donne des renseignements généraux, le second consiste en une galerie photos.



« Dvaravati » (en thaïlandais, « Tawarawadi ») vient du sanscrit « Sri Dvaravati » et signifie « celle aux multiples portes ». C’est à Georges Coedès (1886-1969)1 que l’on doit la « découverte » de la civilisation Dvaravati dans la première moitié du XIXe siècle.

Les connaissances sur Dvaravati demeurent maigres; cependant, la similitude entre les objets et les restes d’urbanisme, découverts sur une grande partie du territoire qui constitue actuellement la Thaïlande, permet de l’identifier comme une culture spécifique.


Apparition dans l’histoire

Les sources chinoises, ainsi que les témoignages matériels retrouvés, donnent un tableau parlant sinon précis de l’économie et de la société dvaravati. La première mention de Dvaravati se trouve dans la « Nouvelle histoire des Tang » du moine voyageur Xuan Zhang (602-664)2, où il est fait mention du pays de Touluobodi que l’on a fait correspondre, en sanscrit, à Sri Dvaravati. 

Dans les années vingt du XIXe s., l’archéologue français Georges Coedès formula l’hypothèse d’une entité culturelle môn s’étendant sur le territoire de la Thaïlande actuelle, qu’il appela Dvaravati.

En 1960, la découverte de pièces de monnaie marquées « sri dvaravati svarapunya » (« Oeuvre pie du Seigneur de Dvaravati ») à Nakhon Pathom, en Thaïlande, confirma les hypothèses formulées par Coèdes.

Indianisation et diffusion du bouddhisme en Asie du Sud-Est

Nous savons que vers le IIIe s. av JC., l’expansion du bouddhisme en Inde fut promue à une grande échelle par le roi Asoka3. Dès avant le début de l’ère chrétienne, le bouddhisme se répandit dans toute l’Asie; en Asie du Sud-Est, cette diffusion fut étroitement liée à celle du commerce maritime Est-Ouest, qui connut une importante croissance au même moment. Marchands, artistes et prêtres servirent de vecteurs à la culture indienne, qui imprégna les cultures locales préexistantes.

L’influence culturelle indienne déboucha sur la constitution d’Etats indianisés, qui reprirent à leur compte de nombreux aspects de ses principes religieux, politiques, culturels, artistiques et cosmologiques. Parmi ces Etats, Dvaravati est la première manifestation concrète de l’indianisation sur une grande partie de l’actuel territoire thaïlandais.

Les Môn, fondateurs de Dvaravati

La population de Dvaravati était d’ethnie môn; c’est grâce aux Môn que l’influence culturelle indienne prit pied en Asie du Sud-Est occidentale. Cette influence s’exerça au moyen de deux langues (sanscrit et pâli), de l’écriture pallava et de la doctrine bouddhique, sans oublier les techniques et représentations culturelles et artistiques.

D’où viennent les Môn ? Leur origine demeure incertaine : pour les uns ils viendraient de Chine (Yang-tsé-kiang), pour les autres ils seraient la population originelle du pays. Les premiers établissements môn connus sont situés au Nord de la péninsule malaise.

On suppose que Dvaravati n’était pas un Etat unitaire, mais plutôt un ensemble de principautés qui partageaient une même culture. Cette culture, dont on ignore l’exacte organisation politique et sociale, était fondée sur la culture du riz et le commerce avec la Chine et l’Inde, et par là avec le Moyen-Orient et la Méditerranée; ses constructions étaient en briques et en latérite. Elle vassalisa certains peuples autochtones comme les Lawa.

Récepteurs d’influences indiennes pallava, post-gupta et pala4, les môn de Dvaravati transformèrent ces apports en un style à eux, dont s’inspireront les cultures voisines en Asie du Sud-Est.

Outre qu’en Thaïlande, les Môn ont créé de puissants royaumes dans l’actuel Myanmar (Sri Ksétra, Pégou, Martaban, Bassein); le royaume de Hariphunchai, dans le Nord de la Thaïlande, représente un cas à part .

Le royaume de Hariphunchai

Créée sur le site de l’actuelle ville de Lamphun5, le nom de la cité de Hariphunchai apparaît pour la première fois en caractères môn anciens sur une épigraphe du XIIe s. (Puñjaya). En 1500, on retrouva ce nom au Lan Na6, avec l’écriture « Haripuñjaburi » ou « Haripuñja »; on découvrit aussi huit inscriptions des XIe et XIIe s. en môn, mentionnant ses rois.

L’histoire de Hariphunchai fait aussi l’objet d’une légende relatant sa fondation, vers 661, par l’ermite Vasuthep. Une fois la ville créée, ses habitants demandèrent au roi de l’Etat môn de Lavo (Lopburi) de lui désigner un roi. C’est une fille du roi de Lavo, Chamathevi, qui se présenta, accompagnée de moines emportant avec eux les écritures bouddhiques.

Des fouilles faites à Ban Wang Hai (Lamphun) en 1986, ont révélé des établissements humains de l’âge du bronze, ainsi qu’une civilisation reliée à la culture Dvaravati. Une représentation de daim ou gazelle confirme ce lien7, ainsi que l’apport bouddhique que la légende attribue à la reine Chamathevi.

Les légendes parlent également de liens avec le royaume de Sri Ketra, dans le Myanmar méridional.

Il reste quelques témoignages de l’architecture de Hariphunchai, comme le Chedi Kukut, à Lamphun, dont l’aspect actuel date de 1218. Son plan est carré, le corps principal comporte cinq étages de taille décroissante, formant une pyramide. A chaque étage il y a 3 représentations du Bouddha logées dans des niches; aux angles, on aperçoit de petits chedis dits stupika. Le monument, privé de son sommet, révèle l’influence de Pagan8.

Autre exemple, le Chedi Ratana, à Lamphun, date du XIIe s. Sa section est octogonale, son sommet en forme de cloche, le soubassement à deux niveaux; son corps principal présente sur chaque face un Bouddha dans une niche. Ce chedi révèle des influences birmane et pala et a, à son tour, exercé une influence sur les styles Lan Na et Ayutthaya9.

Dans le domaine de la sculpture, Hariphunchai a travaillé surtout la terre cuite et le stuc; on trouve aussi quelques oeuvres en grès et en bronze. On a également découvert beaucoup de bas- et hauts-reliefs. Les spécialistes distinguent trois périodes artistiques : VII-IXe s. influence dvaravati, X-XIe s. influence khmer, XII-XIIIe s. influence birmane. Néanmoins, le style de Hariphunchai a su développer une personnalité propre.

Sites dvaravati dans la Plaine centrale thaïlandaise

La plupart des sites urbains dvaravati situés dans la Plaine centrale étaient accessibles par bateau, le niveau de la mer étant alors plus élevé; ils étaient protégés par un système de remparts et de douves, ces dernières pouvant aisément être mises en eau grâce à des cours d’eau coulant à proximité.

Examinons le site de Si Mahosot, dans l’actuelle province de Prachinburi (Thaïlande de l’Est), où les fouilles ont commencé dans les années 1990. Centre principal de la vallée du Bang Pakong, Si Mahosot présente un plan rectangulaire de 1550 m de long sur 700 m de large. La ville fait partie de la culture dvaravati et a été fondée dans les premiers siècles de l’ère chrétienne. Elle est entourée de remparts, fossés et douves, et est située dans une vaste plaine rizicole au bord du fleuve Bang Pakong,. De ce fait, elle présente un ensemble de bassins réservoirs, principaux et secondaires, ainsi que de puits, canaux et étangs; les douves, quant à elles, offraient une protection efficace en cas d’inondation. Avec les bassins, elles permettaient une utilisation rationnelle de l’eau pour l’agriculture, l’approvisionnement en eau des ménages et la baignade. Connectées aux fleuves et par là à la mer, les douves s’inséraient également dans le réseau des voies navigables.

La « Cité hydraulique »

Un chercheur a appelé ce mode d’occupation du sol « Cité hydraulique« , celle-ci consistant en un vaste réseau de réservoirs, canaux et digues, utilisant cours d’eau et moussons afin de stocker, puis redistribuer l’eau. Le but étant de remédier aux déficits de pluie, mais aussi de permettre l’irrigation en saison sèche.

Ce système hydraulique, témoignant de la maîtrise d’une technique élaborée, n’a pu être mené à bien que par une royauté sacralisée disposant d’une abondante main d’oeuvre. Au-delà de son aspect technique, le réseau hydraulique relevait aussi de croyances religieuses et symboliques, et obéissait à des ambitions personnelles des monarques.

Sur le plan général de Si Mahosot, on voit apparaître ce système hydraulique sous forme de douves, puits, canaux, étangs, bassins et digues. Le fleuve Bang Pakong coule au Nord-Ouest de la ville et est relié au système par des canaux.

Economie et société

Le pays devait être riche et prospère. Il possédait sa propre monnaie, comme l’attestent les pièces retrouvées, notamment à Nakhon Pathom. Ces pièces en argent portent parfois l’inscription « Royaume de Dvaravati », mais aussi des symboles d’origine indienne en rapport avec les notions de royauté et prospérité : soleil levant, conque, déesse Sri, animaux, etc. On a retrouvé également des sceaux et cachets en argile, avec des motifs en creux et en relief, supposés avoir appartenu à des individus (rois, fonctionnaires, marchands) ou à des institutions administratives, commerciales ou religieuses. La présence d’un bateau à voile sur l’empreinte d’un sceau renvoie aux échanges commerciaux et maritimes que Dvaravati entretint avec les empires asiatiques et d’autres Etats.

L’activité principale de la population était l’agriculture, notamment la culture du riz; elle pratiquait la chasse, comme l’attestent des projectiles en argile ayant servi à des frondes. Elle connaissait l’usage de la meule pour moudre les grains et utilisait épices et condiments pour la préparation des aliments.

Les céramiques, décorées mais sans glaçure, révèlent l’utilisation de plats, jarres, coupes et lampes à huile, ces dernières de type romain. On a aussi retrouvé des disques et dés, en terre cuite, os et ivoire, servant aux jeux. Les objets de parure et de toilette suggèrent une vie confortable, menée par au moins une partie de la population : boucles d’oreilles, anneaux, colliers, perles, grelots, en pierre, terre cuite, métaux précieux ou bronze.

L’organisation sociale se basait sur le roi, les kumara ou princes chargés de gouverner les provinces, les fonctionnaires, les prêtres (brahmanes et moines bouddhistes), les marchands et les paysans. Les rois avaient repris certains rituels de l’hindouisme et se basaient sur les principes d’Asoka : règne du « dhammaraja« 10, diffusion du bouddhisme et érection de roues de la loi; les nombreuses statues de Vishnu montrent que l’hindouisme y était aussi pratiqué et le lien étroit des brahmanes avec le pouvoir.

Les sources chinoises nous donnent une bonne description des coutumes de cour, de l’habitat et du commerce. Sur le site archéologique de Khu Bua (Vie s.), dans la province de Ratchaburi en Thaïlande du Sud-Ouest, ont été retrouvés des stucs décoratifs qui en donnent un aperçu : y apparaissent souverains, princesses et serviteurs, musiciennes et danseuses, soldats et prisonniers.

Eléments typiques de la culture dvaravati, les roues de la loi, généralement accompagnées de daims ou gazelles, évoquent la mise en route et la diffusion du message du Bouddha dès son premier sermon à Sarnath en Inde.

Statuaire et architecture

La culture dvaravati, sans négliger totalement les représentations aniconiques ou symboliques du Bouddha (empreintes de pieds, arbres de la bodhi, roues de la loi, etc.), telles qu’elles étaient attestées dans l’Inde ancienne, n’en a fait qu’un usage limité, préférant la représentation anthropomorphique du Bouddha. Seul le site de Sa Morakot présente une double empreinte des pieds du Bouddha, attestant sa représentation symbolique.

Dans la statuaire bouddhique, on note la présence d’oeuvres monumentales, aussi bien de plein air que dans l’art rupestre. Le Bouddha couché de Mueang Sema, du VIIIe s., en molasse, en est un bon exemple. Il mesure 13.5 m de long sur 2.5 m de haut et se présente couché dans la position habituelle, sur le flanc droit.

Quant à l’architecture religieuse, de la plupart des constructions dvaravati il ne reste que les bases ou un début de superstructure. Font exception les quelques chedi de Hariphunchai, d’époque tardive (XI-XIIe s.), mentionnés plus haut. Un exemple classique de chedi reconstruit est donné par le chedi de Mueang Sema; fait en briques, il date des VII-IXe s. et a été réalisé en deux étapes.

Vie religieuse

La population de Dvaravati pratiquait majoritairement le bouddhisme hinayana ou petit véhicule, mais le mahayana ou grand véhicule, le shivaïsme et le vishnouisme y étaient aussi pratiqués. Selon le modèle indien, les religions cohabitaient harmonieusement; les thèmes artistiques du bouddhisme indien (roues de la loi sur piliers, chedi et représentations du Bouddha en pierre ou en bronze, bodhisattva, tablettes votives, etc. furent repris par Dvaravati.

Vishnou, dieu lié à la royauté et au pouvoir politique, est représenté par de nombreuses sculptures des VII-VIIIe s., ainsi que par des temples découverts à U Thong, Si Thep et Si Mahosot, en Thaïlande.

Les brahmanes vishnouistes ont joué un rôle important dans les cours royales en rapprochant la théorie des avatars, selon laquelle Vishnou descend sur terre pour contrer le mal, de la notion de roi juste (dhammaraja) et de roi universel (chakravartin).

Shiva est représenté par les diverses découvertes de linga et mukhalinga11 en pierre des VII-VIIIe siècles. Les plus anciens objets d’art religieux, datant des III-IVe s., sont cependant bouddhistes, de style amaravati12.

La découverte de nombreuses amulettes atteste la persistance, dans la population, de pratiques antérieures aux religions du livre; ces amulettes sont censées éloigner le malheur et attirer la prospérité sur ceux et celles qui le détiennent. On a trouvé des médaillons, des figurines anthropomorphiques, des animaux, etc.

La vie religieuse des bouddhistes de Dvaravati consistait essentiellement dans la vénération du Bouddha, la pratique du don en vue de l’obtention de mérite (kathina), la croyance en l’efficacité des amulettes et tablettes votives, et la tolérance envers les autres religions.

Les chedi dvaravati

Entre le VIIe et le XIe s., les chedi dvaravati témoignent d’une culture religieuse venue de l’Inde, visant à commémorer le Bouddha au travers de ses reliques. On distingue les chedi selon leur volume (grands, moyens et petits) en y ajoutant aussi les chedi modèles réduits; certains chedi avaient un soubassement décoré de figures en stuc, représentant des personnages ou des animaux, ainsi que les jataka13.

Les grands chedi possédaient généralement un soubassement en latérite avec une superstructure en briques; les chedi de taille plus modeste étaient construits en briques. Les chedi modèles réduits étaient en terre cuite; on suppose que leur fonction était funéraire, commémorative ou votive.

On a retrouvé à Kantharanichai (province de Khon Kaen, au Nord-Est de la Thaïlande) des feuilles métalliques des VIII-IXe s., travaillées au repoussoir et représentant divers types de sommets de chedi. On a aussi retrouvé un sommet de chedi en pierre, des VII-VIIIe s., à Nakhon Pathom en Thaïlande du Sud-Ouest.

Grottes et sanctuaires rupestres

Dans la culture dvaravati il existait déjà les sanctuaires en plein air et les sanctuaires rupestres. Le modèle des seconds vient de l’Inde, où certains sanctuaires furent creusés dans la roche (p. ex. Ellora, dans l’Etat du Maharastra). Dans la culture dvaravati, ils sont tous situés dans des sites rocheux naturels (grottes, aplombs rocheux), dont la structure n’a pas été fondamentalement modifiée.

Par exemple, la grotte de Tham Phra Phottisat (province de Saraburi en Thaïlande de l’Est) met en scène un bas-relief qui reflète le bouddhisme mahayana de l’époque. Le Bouddha, auréolé, se trouve en compagnie de Vishnu et de Shiva, ainsi que d’un ermite. Selon certains chercheurs, cet ensemble pourrait vouloir montrer la suprématie du Bouddhisme sur les autres religions. On relève des influences amaravati et gupta.

Dans la grotte de Khao Thamorat à Si Tep (province de Phetchabun en Thaïlande du Nord), on peut voir deux Bouddhas et un bodhisattva des VI-VIIe s. présentant des influences indiennes et khmer. En 1962, des pillards arrachèrent à la roche des éléments décoratifs (têtes), qui furent retrouvés plus tard entre les mains d’un « collectionneur » états-unien. Ces têtes se trouvent actuellement au Musée national de Bangkok.

Dans la province de Ratchaburi en Thaïlande de l’Ouest, les grottes de Khao Ngu ont été de tous temps des sites de méditation. Peu éloignées de Khu Bua, ces grottes se rattachent à cette cité. Toutes présentent des sculptures du Bouddha, des VI-VIIe s., dont certaines rehaussées de stuc. L’influence gupta est visible.

Dans un site récemment découvert, à Tham Yai Chung Lan (province de Phetchaburi en Thaïlande du Sud-Ouest) on trouva des décors en stuc appliqués directement sur la roche, remontant aux VIII-Xe s. Partiellement abîmés, ils représentent un Bouddha portant une canne, accompagné de deux personnages non identifiés.

Dans le Nord-Est de la Thaïlande, on découvrit plusieurs sites où des parois rocheuses furent aménagées pour recevoir des sculptures représentant généralement le Bouddha en paranirvana14.

La statue d’un Bouddha auréolé, couché sur le flanc gauche, des VII-IXe s., se trouve à Phu Khao (province de Kalasin en Thaïlande du Nord-Est). Les moines du temple attenant le recouvrirent d’une peinture dorée qui n’altéra heureusement pas ses traits.

Les sema ou bornes

Sema dérive du pali sima et signifie borne; c’est le nom qui fut donné à des pierres en forme de bornes se trouvant majoritairement au Nord-Est de la Thaïlande, dans les bassins des rivières Chi et Mun. On en retrouva aussi au Laos. Peu de sema portent une date, mais on peut les faire remonter au VIIe s. pour les plus anciennes et au XIIe s. pour les plus récentes.

On ne peut comparer les sema à un modèle indien ancien. C’est pour cela qu’on suppose qu’ils pourraient avoir un lien avec des productions rituelles mégalithiques. Les sema tardifs révèlent l’influence de l’art khmer d’Angkor, en prenant des formes et ornementations dérivées des bornes rituelles jalonnant les routes d’accès aux temples (scènes des jataka, formes parallélépipèdes avec pinacle en pointe, etc.).

Les sema ne sont pas identiques aux bornes rituelles (bai sema) qui entourent les ubosot15, mais qui ne remontent qu’au XIVe siècle. La fonction des sema semble avoir été funéraire à leurs débuts, puis avoir suivi une adaptation en suivant la diffusion du bouddhisme. Ils auraient alors commencé à délimiter des espaces sacrés, à être liés aux croyances de la vie après la mort, ou à des représentations symboliques. Les sema pouvaient être érigés de trois manières : plusieurs pierres disposées de façon aléatoire sur un tertre; plusieurs pierres disposées selon les points cardinaux; une ou plusieurs pierres isolées. Cette classification est cependant rendue peu opératoire par les déplacements de pierres souvent effectués par les communautés locales. Les sema sont habituellement fabriquées en pierre, grès ou latérite. Quant à leurs formes, on distingue : les bornes ou stèles plates sans décor; les bornes carrées, circulaires ou polygonales; les stèles plates décorées. Les scènes qui les décorent sont classées en images-symboles (roues de la loi, etc.), scènes des jataka et scènes de la 548e et dernière vie du Bouddha.

Fin de la culture Dvaravati

La fin de la culture Dvaravati fut différenciée, selon les régions et les facteurs politiques.

Au Centre, elle capitula au XIe devant l’expansion des Khmer; au Nord, elle continua de s’épanouir jusqu’à la conquête de Hariphunchai par le roi Mengrai du Lan Na, en 1292; au Nord-Est, la culture môn, mêlée dès ses origines à celle des Khmer, cessa de révéler des originalités stylistiques après le XIe s.


1 Epigraphiste et archéologue français, il a été directeur, entre 1929 et 1946, de l’Ecole française d’Extrême- Orient.

2 Xuan Zhang est connu pour ses traductions en chinois de sutra (classiques, traités) indiens. Il a beaucoup fait pour la diffusion du bouddhisme en Chine.

3Roi indien (304-232 av.JC), créateur d’un immense royaume, il y diffusa le bouddhisme et érigea de nombreuses roues de la loi sur tout son territoire. On retrouvera ces mêmes roues de la loi 800 ans plus tard, chez les Dvaravati.

4Il s’agit de trois tendances stylistiques indiennes.

5Ville proche de Chiang Mai, dans le Nord de la Thaïlande.

6Lan Na est le nom d’un royaume fondé en 1259 par le roi Mengrai, autour de Chiang Rai et Chiang Mai, dans le Nord de la Thaïlande. Il a été absorbé par la Thaïlande en 1939.

7Des statues de daims ou gazelles accompagnent normalement les roues de la loi.

8Premier royaume birman (IX-XIIIe s.).

9Nom de la capitale du second royaume siamois (XIV-XVIIIe s.).

10Roi juste, agissant en conformité avec les préceptes du bouddhisme.

11Linga : pierre dressée d’apparence phallique représentant le dieu Shiva; le mukhalinga est un linga muni d’une sculpture du visage du dieu.

12Style de sculpture indien.

13Contes des vies antérieures du Bouddha, avant la 548e qui aboutit au nirvana.

14Dans la doctrine bouddhiste, fin complète et définitive de l’existence.

15Partie d’un temple bouddhiste réservée aux moines et à certaines cérémonies.

Cosimo Nocera est historien et guide du Musée national de Bangkok. Il a vécu et travaillé en Italie, Suisse et en Amérique andine (Pérou, Equateur et Bolivie). Après un long séjour en Asie du Sud-Est, il vit actuellement en Suisse française.

2 Comments

  1. Patrick

    18 avril 2019 à 3 h 25 min

    Merci pour cet article , expatrié suisse vivant en Thailande , j’aime rechercher l’origine de l’endroit ou je vis.

    • Cosimo Nocera

      5 mai 2019 à 20 h 24 min

      Bonjour Patrick,
      lorsque je vivais en Thaïlande, il y a quelques années, j’avais le même désir que vous de connaître mon pays d’accueil. Je trouve que la connaissance de l’endroit où l’on vit est toujours enrichissante.
      Bon séjour dans ce pays captivant.
      Cosimo Nocera

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