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Kathin, le don de l’habit/1Une cérémonie à la fois religieuse et sociale

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Cette contribution se compose de deux articles :

1. Le Chula Kathin

2. Le Kathin royal


Le Chula Kathin

Au sortir de la « retraite des pluies » (khao pansa en thaïlandais)  – une période de trois mois située pendant la saison des pluies, où les moines restent dans leurs temples et s’adonnent à l’étude et à la méditation –  a lieu la cérémonie dite du thod kathin ou don de robes. C’est l’occasion pour les fidèles d’acquérir du mérite en offrant des robes monastiques aux moines d’un temple. Cette cérémonie, jadis accomplie annuellement dans l’ensemble de la Thaïlande et des pays environnants, était tombée en désuétude jusqu’à ce que dans certaines régions elle connaisse une renouveau depuis quelques décennies. L’une des premières régions à faire revivre le kathin fut le district de Mae Chaem, province de Chiang Mai, dans le Nord thaïlandais ; d’autres régions suivirent et actuellement, la cérémonie est de nouveau pratiquée ici et là.

On distingue deux formes de thod kathin : le kathin simple et le chula kathin. Dans ce dernier cas de figure, la coutume exige que les robes offertes soient produites en 24 heures, à partir du coton brut jusqu’au tissu teint, coupé et confectionné. Le kathin simple se limite à l’offrande de robes et d’autres cadeaux à un temple.

Le don des robes est accompagné le plus souvent par divers cadeaux, comme les corbeilles contenant des objets utiles à la vie monastique ou les dons en argent arrangés sur un « arbre à monnaie » recouvert de billets. Avec les robes confectionnées, les arbres sont portés au monastère dans le cadre d’un défilé costumé, accompagnés de tambours et autres instruments.

La ou les personnes qui prennent l’initiative d’offrir les robes lors d’un chula kathin sont souvent des personnalités locales socialement haut-placées, capables de mobiliser de nombreux volontaires pour s’occuper des différentes étapes du travail, de les nourrir et de leur offrir à boire.

Le chula kathin est un événement hautement symbolique qui permet à une communauté de consolider ses liens sociaux et de vivre sa foi d’une manière festive.

Déroulement d’une fête de chula kathin

L’initiative d’une cérémonie est prise par un(e) mécène, à savoir une personne ou institution qui possède les moyens financiers nécessaires et est capable de mobiliser les nombreux bénévoles qui y participent. Ce(tte) mécène doit présenter à l’abbé du temple qui recevra les robes une demande formelle d’autorisation pour l’organisation du chula kathin. Il est d’usage que les autorités (gouverneur de province, chef d’arrondissement, etc.) soient présentes à la cérémonie ou y participent.

Tout d’abord, il faut choisir un jour propice et planter à l’avance le coton destiné à la confection des robes, qui doit arriver à maturité le jour de la cérémonie.

Le soir précédant la cérémonie, on organise un rite brahmanique pendant lequel un nombre impair de vierges habillées en blanc cueillent les capsules de coton, souvent planté à proximité du temple. Le coton cueilli est présenté à l’abbé du temple, qui bénit les fibres et les retourne à la communauté villageoise qui se met aussitôt au travail.

Le coton brut est d’abord égrené et nettoyé, puis cardé en petits cylindres qui seront filés pour former le fil. Celui-ci est enroulé sur des bobines, puis on prépare la chaîne en on passe le fil en lisses et en peignes. C’est alors que le tissage proprement dit peut commencer. La teinture peut être appliquée en fil ou en masse, à la pièce finie. Le colorant est naturel : la couleur safran des robes monacales est obtenue à partir du fruit du jacquier. Le tissu produit à l’issue du travail est découpé et confectionné pour aboutir à une ou plusieurs robes de moines.

L’opération a lieu dans l’enceinte du temple et chaque étape occupe un espace défini. Le travail est exécuté en commun par les membres de la communauté villageoise, le rôle principal étant dévolu aux femmes. Des équipes de cuisine préparent la nourriture et les boissons pour les travailleuses, d’autres équipes s’occupent de la musique et du chant traditionnel qui accompagnent le travail ou des activités ludiques (p.ex. lâcher de lanternes, etc.). Des cérémonies religieuses sont organisées par les moines avec la participation des mécènes et de personnes invitées.

Le lendemain, la communauté villageoise défile en une procession agrémentée de musique et chants traditionnels. Après l’arrivée de la procession au temple une cérémonie a lieu au cours de laquelle les robes sont remises aux mécènes qui les offriront à l’abbé.

Le chula kathin se termine par des prières dirigées par les moines.

Ci-après, quelques images prises lors d’un chula kathin ayant eu lieu à Ban Si Mongkhon, en province de Chiang Rai, le 23-24 novembre 2012.

La cérémonie de la cueillette et du tissage



Le défilé et la remise des robes au temple



 

Cosimo Nocera est historien et guide du Musée national de Bangkok. Il a vécu et travaillé en Italie, Suisse et en Amérique andine (Pérou, Equateur et Bolivie). Après un long séjour en Asie du Sud-Est, il vit actuellement en Suisse française.

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