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Syrie : promenades entre mer, montagne et désertImages d'un pays en guerre

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Articles sur Syrie/Liban

Ce thème comprend les articles suivants :

– Syrie : brève histoire

– Syrie : les gens

– Syrie : Chrétiens et Christianisme

– Syrie : monastères et lieux de culte chrétiens/1

– Syrie : monastères et lieux de culte chrétiens/2

– Syrie/Liban : traces de civilisations anciennes/1

– Syrie/Liban : traces de civilisations anciennes/2

– Syrie : promenades entre mer, montagne et désert

– Syrie : Kfarbou, regards sur une communauté chrétienne


Voyager en Syrie aujourd’hui

A l’idée de voyager en Syrie, on est tenté de se demander : Peut-on y aller ? Qu’y a-t-il à voir ? Pourquoi y aller ?

Depuis 2011, le pays est en guerre contre une puissante coalition internationale, décidée à renverser le Gouvernement et à morceler le territoire. Les destructions sont immenses, les pertes humaines dues aux exodes et aux combats sont importantes. Pourtant, le pays ne s’est pas effondré. Ses alliances internationales l’ont aidé à tenir et même à inverser les tendances qui le donnaient pour battu. Aujourd’hui, la guerre n’est pas terminée, mais la Syrie a les moyens d’en sortir victorieuse.

Depuis le début de la guerre, les média grand courant ont publié surtout des images-catastrophe de destructions et de malheurs.  Prises lors d’un voyage dans les régions réputées sûres, où le Gouvernement exerce son autorité, les prises de vue qui suivent se proposent de montrer des aspects du quotidien tel qu’il se déroule au jour le jour. Si la guerre est présente dans leurs esprits, elle n’empêche pas les gens de vivre leur vie et d’espérer la fin prochaine des restrictions et des ostracismes.

On peut donc raisonnablement visiter ce pays qui possède de nombreux sites d’un grand intérêt culturel et dont la population est très accueillante. Le voyage met aussi en évidence la coexistence pacifique au sein d’un même Etat de groupes de populations très diversifiés sur les plans ethnique, religieux et culturel; les événements récents ont bien sûr mis un peu à mal cette coexistence, sans toutefois réussir à la supprimer. Le fait de voyager en Syrie confirme aux Syriens que leur pays éveille l’intérêt du monde extérieur et qu’ils ne sont pas seuls dans leur combat pour la dignité.


L’Île d’Arwad 

L’île est située au large des côtes syriennes, à trois kilomètres du port de Tartous; elle est la seule île du pays. Arwad est habitée depuis le IIe millénaire avJC par les Phéniciens qui y fondèrent une cité-Etat. Fortifiée, l’île était un important centre commercial, connu pour ses chantiers navals ; elle comprenait aussi un territoire sur le continent.

Après la domination assyrienne puis babylonienne, Arwad fut contrôlée par les Perses ; sa flotte participa à la bataille de Salamine en 480 cJC. A l’époque d’Alexandre le Grand (333 avJC), l’île passa sous sa domination. En 259 avJC, sous les successeurs séleucides d’Alexandre, elle devint une cité-Etat indépendante de type grec. En 38 avJC, après avoir d’abord résisté aux tentatives de conquête romaines, l’île fut prise par le général Marc Antoine. Lors des Croisades (1095-1291 apJC), les Templiers, ordre religieux-militaire, conquirent Arwad et y construisirent une forteresse; lors des reconquêtes arabes des Etats latins d’Orient, l’île devint le dernier refuge des Croisés, qu’ils durent cependant abandonner en 1302.

Ensuite, l’île fut tout d’abord conquise par les Arabes puis, en 1517, par le sultan Selim Ier qui l’intégra à l’empire ottoman. En 1917, lors de la Première Guerre mondiale, les Français occupèrent l’île qu’ils gardèrent jusqu’en 1945, date à laquelle ils durent la remettre à la Syrie.

Actuellement, Arwad est une île de pêcheurs peuplée majoritairement de musulmans chiites alaouites, mais comptant un bon tiers de chrétiens grecs orthodoxes.



Lattaquié (Al Ladhiqiyah)

Cette ville portuaire du Nord de la Syrie compte actuellement 450’000 habitants, Elle doit son importance au fait qu’elle possède le seul port protégé de la côte syrienne; placée à proximité de la vallée fertile de l’Oronte (oliviers, vignobles, blé), elle possède une importante industrie alimentaire et textile.

Etablie sur un site très ancien, sous les Séleucides successeurs d’Alexandre le Grand la cité portait le nom de Laodicée-sur-Mer.

En 64 apJC, le général romain Pompée mit fin au royaume séleucide et fit de la Syrie une province romaine. La culture grecque se répandit dans la région. Dès ses origines, le christianisme y connut un fort développement. De nos jours, outre une très importante communauté chiite alaouite, la ville compte de nombreux chrétiens grecs orthodoxes et grecs catholiques.

En 528, Laodicée devint la capitale de la  province byzantine de Théodoriade.

Avec l’arrivée des Croisés en 1102 Lattaquié fit partie de la principauté latine d’Antioche. Lorsque les Croisés furent chassés du Proche-Orient, la ville fut reconquise par les Arabes puis, en 1342, par les Mamelouks; c’est en 1516 qu’elle fut annexée à l’Empire ottomans, cela jusqu’à la Première Guerre mondiale.

Lorsqu’en 1920, la France définit les frontières de l’Etat libanais, en perdant les ports de Beyrouth et de Tripoli (Tarabulus) la Syrie, sous mandat français jusqu’en 1945, dut se rabattre sur Lattaquié qui devint son port le plus important.

Relativement épargnée par la guerre d’agression de 2011, Lattaquié connut cependant un afflux massif de réfugiés des zones de combats (Homs, Idlib, Alep). Ceux-ci y rétablirent des activités commerciales et industrielles perdues dans leurs régions d’origine (p.ex. la production du savon dit d’Alep).

Important terminal d’exportation du pétrole de l’Est du pays, Lattaquié revêt une importance économique vitale pour la Syrie.



Homs (Hims)

Ville située sur le fleuve Oronte, au centre d’une plaine vaste et fertile où les collines sont remplies d’oliviers, Homs est la troisième ville de Syrie avec 780’000 habitants.

La vieille ville occupe l’emplacement de l’antique Emèse, mais c’est à l’époque romaine, dès 72 apJC, que s’y constitua un centre urbain. En 187 apJC, Julia Domna, fille du Grand Prêtre du dieu soleil local Elagabal, devint impératrice de Rome en épousant le futur empereur Septime Sévère. L’introduction du christianisme à Homs fut lente, mais à l’époque byzantine, dès le IVe siècle apJC, la ville était le siège d’un évêque et un centre chrétien important.

Conquise par les Arabes en 635 apJC, la ville tomba aux mains des Turcs ottomans en 1516 et y resta jusqu’à la chute de l’Empire en 1918.  A l’issue de la Première Guerre mondiale Homs fut soumise au mandat français dont elle put se libérer en 1945. Prise par les rebelles takfiristes en 2011, la ville fut reprise par l’armée syrienne en 2017.

Ce grand centre agricole du centre du pays subit en plein les horreurs de la guerre de 2011. Des quartiers entiers furent détruits lors des combats, encore aujourd’hui on voit des maisons effondrées, des véhicules rouillés et des traces de projectiles partout.  Mais les routes ont été déblayées et la reconstruction avance.

Une église arménienne de la ville n’a pas été touchée par la guerre, par contre une église orthodoxe a été détruite, mais reconstruite depuis en moderne. Dans la vieille ville le Café Julia (nom emprunté à l’épouse de Septime Sévère), une maison privée transformée en café-restaurant, accueille le visiteur avec son ambiance orientale. Jeunes et vieux, femmes et hommes s’adonnent à leur passion du thé et de la chicha. Pas de musique américaine, mais un fond musical arabe.



Hama (Hamah)

Située entre Idlib et Homs, la ville se trouve à l’emplacement de l’antique ville grecque d’Epiphania, dont il ne reste aucune trace. Occupée depuis le néolithique, en 64 avJC, après avoir été sous domination hittite, assyrienne et hellénique (Alexandre le Grand et ses  successeurs séleucides), Hama fit partie de la province romaine de Syrie. Les Byzantins prirent la relève en 330 apJC, suivis par les Arabes en 638, puis par les Mamelouks en 1342. De 1516 à la Première Guerre mondiale, l’Empire ottoman  domina la ville et la région qui en 1920 se retrouva sous mandat français jusqu’en 1945.

Hama, ville à majorité sunnite avec une partie de la population chrétienne orthodoxe, est considérée comme assez conservatrice et religieuse; les musulmanes non voilées y sont plus rares qu’ailleurs. Elle possède une remarquable Grande Mosquée dont les origines remontent aux Romains. 

Au cours de l’histoire récente, la ville s’est signalée par plusieurs soulèvements : en 1925 contre les Français, en 1982 contre le Gouvernement à l’initiative des Frères musulmans, en 2011 enfin encore contre le Gouvernement à l’instigation des takfiristes (cf. Brève histoire de la Syrie).

Hama a été peu touchée par la guerre. L’archevêque de son Eglise orthodoxe, Mgr Nicolas, parfait francophone, se réjouit de l’amélioration de la situation générale, plaide en faveur de l’amitié entre les habitants de diverses confessions et regrette que des facteurs à la fois internes et extérieurs aient mené à la guerre désastreuse qui ravage le pays depuis 2011, où la Syrie est devenue le champ de bataille de la terre entière. Il déplore le rôle négatif joué par certains pays.

Le paysage urbain est dominé par de gigantesques roues à eau appelées norias, destinées à approvisionner la ville et les cultures alentour avec l’eau du fleuve Oronte au moyen d’aqueducs.



Damas (Dimashq ou al-Cham)

Damas, qui compte 1’700’000 habitants, est située dans le Sud-Ouest du pays, sur un plateau, à 80 km environ de la mer Méditerranée.

Les archéologues ont prouvé que la région est occupée depuis le VIIIe siècle avJC, ce qui fait de Damas l’une des plus anciennes villes au monde habitées en continu.

Elle est l’un des berceaux du christianisme et connut la conversion de Paul, puis ses prédications et la constitution des premières communautés chrétiennes. Encore aujourd’hui les Chrétiens de diverses confessions sont nombreux à Damas.

Depuis toujours, la ville, située au carrefour de l’Asie (route de la soie), de l’Arabie  (La Mecque), de l’Anatolie (Byzance, puis empire Ottoman), de l’Afrique (Egypte) et de la mer Méditerranée, est un centre culturel et économique important. Au cours des siècles, Damas a connu l’influence de diverses civilisations : Assyriens, Perses, Grecs, Romains, Turcs.

En 635, elle fut conquise par les Arabes, dont elle adopta la langue et partiellement la religion ; entre 661 et 750 apJC, Damas devint la capitale de l’Empire des Omeyyades.

Les Croisés l’assiégèrent en 1148 sans parvenir à la conquérir ; en 1401, lors d’une incursion, les Mongols la ravagèrent. De 1516 à la Première Guerre mondiale, elle fit partie de l’Empire ottoman. Placée sous mandat français en 1920, elle devint la capitale de l’Etat syrien en 1945.

Depuis la guerre d’agression de 2011, Damas fut souvent bombardée par les takfiristes retranchés dans l’oasis voisine de la Ghouta ; c’est en 2018 que l’armée syrienne parvint à en chasser les rebelles et à rétablir la paix à Damas.

Damas est réputée pour son artisanat, notamment le damasquinage (incrustation de filets d’or ou d’argent dans un objet de métal), les lames de Damas (à l’âme résistante et souple), les brocards en soie tramés d’or et le linge damassé avec des dessins après tissage.

La capitale de la Syrie possède une vieille ville étendue, construite autour de l’axe du decumanus et du cardo romains; le decumanus, appelé Via Recta ou Avenue Bab Sharqi correspond  à l’axe Est-Ouest. La vieille ville a conservé une partie de ses murailles et diverses portes d’accès : à l’Est du decumanus correspond la porte Bab Sharqi. On découvrira sur cet axe, où Saül aurait eu la vision qui en fit Paul,  de nombreux témoignages de l’époque romaine. C’est aussi la rue des boutiques et petites entreprises artisanales, où les tissus côtoyent les cuivres, les menuiseries les ateliers mécaniques.



Paysages désertiques

Géographiquement le territoire syrien est partagée entre montagnes, au Sud et au Nord-Ouest, steppes désertiques, à l’Est, vallées, au centre et plaines le long de la côte; le désert de Syrie, à l’Est du pays, couvre presque la moitié du territoire, avec quelques oasis comme Palmyre et Sakhné. Les Syriens l’appellent al Jazira (la péninsule). Ce désert, situé au Nord du grand Désert d’Arabie, s’étend aussi en Irak et en Jordanie.

A l’Ouest le désert s’étend jusqu’à Alep, Homs et Damas : entre ces deux dernières  villes, il touche aux contreforts de l’Anti-Liban, la chaîne montagneuse, parallèle au Mont Liban, située entre le Liban et la Syrie.



 

Cosimo Nocera est historien et guide du Musée national de Bangkok. Il a vécu et travaillé en Italie, Suisse et en Amérique andine (Pérou, Equateur et Bolivie). Après un long séjour en Asie du Sud-Est, il vit actuellement en Suisse française.

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