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Temples khmer du Cambodge/2Monarchie, art et architecture : périodisation de l'histoire des Khmer

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Cette contribution comporte les 5 articles suivants :

– Les origines de l’Empire khmer : bref historique ;

– Monarchie, art et architecture : périodisation de l’histoire des Khmer ;

– Quelques temples de la province de Takeo (Sud-Ouest) ;

– Quelques temples des provinces de Kampong Thom et Preah Vihear ;

– Quelques temples de la province de Siem Reap.


 

Monarchie, art et architecture : périodisation de l’histoire des Khmer

On subdivise conventionnellement l’art et l’architecture des anciens Khmer en périodes définies d’après les principaux monuments construits par leurs monarques, les informations épigraphiques, l’évolution des éléments architecturaux, des décorations, etc.

Une période dite pré-angkorienne, allant du VI-VIIe à la fin du VIIIe et correspondant à la fin du royaume du Funan et à l’émergence de celui du Tchen-la d’eau, précède la période angkorienne, cette dernière correspondant à la formation et à l’évolution de l’Empire khmer jusqu’à sa décadence à partir du XVe siècle.

La période pré-angkorienne est divisée en 5 époques, nommées d’après des sites archéologiques :

1. Phnom Da (Angkor Borei), VI-début VIIe siècle, correspondant probablement à la dernière période de l’art funanais.

Cet art, situé entre l’Inde et les Khmer, présente des statues de divinités hindoues (Vishnu et Shiva), ainsi que des images du Bouddha; le culte à Vishnu est très diffusé;

2. Sambor Prei Kuk (Sanapura), première moitié du VIIe siècle : on y voit apparaître des temples-tours (prasat) en briques, peu de statues; l’influence indienne est encore bien visible; la dévotion s’adresse surtout à Vishnou et Shiva;

3. Prei Khmeng, seconde moitié du VIIe-VIIIe siècle : les temples-tours présentent plus de décorations, avec un motif récurrent de feuillages; en statuaire on distingue un personnage typique de la culture du Tchen-la, Harihara, synthèse de Vishnu et Shiva; le bouddhisme et l’hindouisme sont pratiqués simultanément, en parfaite harmonie;

4. Prasat Andet, mi VIII-fin VIIIe siècle : le culte rendu à Vishnu est très diffusé, mais Shiva n’est pas oublié; les statues féminines acquièrent de la finesse;

5. Kampong Preah, début VIII-fin VIIIe siècle : l’art s’appauvrit en général, les décors figuratifs disparaissent.

La période qui suit est appelée période de transition entre pré-angkorien et angkorien :

6. Kulen, (début IXe-875) ; sur le site du mont Kulen, la montagne sacrée des Khmer, en se faisant sacrer devaraja et chakravartin (cf. L’empire khmer, ci-dessus), le roi Jayavarman II fonde les institutions royales de l’Empire. Il n’y a pas de création architecturale majeure pendant cette période.

Suivent ensuite 9 périodes dites angkoriennes qui doivent leurs noms aux constructions marquantes effectuées par les rois qui se succèdent et aux innovations architecturales et artistiques qui les accompagnent:

7. Roluos ou Preah Ko, (877-893) ; Indravarman Ier monte sur le trône en 877 et entame la construction de grands bâtiments grâce aux ressources résultant du commerce fleurissant et de l’agriculture prospère. Il fait modifier le baray de Lolei et construit en 879 le temple Preah Ko à Roluos qu’il dédie à ses ancêtres ;  que les travaux autour de la capitale de l’empire inaugurent ainsi une nouvelle ère de l’architecture khmer. Dans le cadre d’un immense système d’irrigation, le roi crée un lac artificiel destiné à servir de réservoir. Il fonde la ville de Hariharalaya et le grand temple-pyramide du Bakong, qui est le premier temple d’Etat de l’Empire.

8. Bakheng, (889-925) ; Yasovarman Ier installe sa capitale Yasodharapura sur le site où plus tard sera construite Angkor et fonde sur une colline naturelle le temple-montagne (temple pyramide à gradins) de Phnom Bakheng qui devient le prototype de ce genre de temples. Pour l’irrigation et l’approvisionnement en eau de la capitale, il fait construire le baray oriental.

9. Koh Ker, (921-945) ; à 100 km au Nord-Est d’Angkor, Jayavarman IV fonde sa capitale Koh Ker, dominée par le temple-montagne Prasat Thom (cf. art. Temples khmer au Cambodge/4)

10. Pre Rup, (947-965) ; Rajendravarman II retourne vers le site d’Angkor où il fait bâtir, en 961, au Sud du baray oriental, le temple de Pre Rup. Ce temple comporte cinq tours en briques (tour principale entourée de quatre tours secondaires) installées sur une terrasse escarpée et entourées d’une enceinte en latérite. Les décorations sont en grès.

11. Banteay Srei, (967-1000) ; c’est le roi Jayavarman V qui fait construire au Xe le petit temple de Banteay Srei, appelé « Citadelle de Lakshmi », en grès rose et latérite, sur le site de l’ancienne ville d’Isvarapura à 20 km au Nord-Est d’Angkor. Son riche décor est l’un des plus achevés de l’art khmer (cf. art. Temples khmer au Cambodge/4) ;

12. Khleang, (968-1010) : entre 980 et 1013, deux bâtiments inachevés, dont la fonction n’est pas claire, ont été construits sur le côté Est de la place royale d’Angkor Thom, l’un sous Jayavarman V, l’autre sous Suryavarman Ier. Ces deux édifices ont donné leur nom au style Khleang, caractérisé par des linteaux relativement simples, organisés autour d’un pilier (kala) central ;

13. Baphuon, (1010-1080) ; le temple d’Etat dit Baphuon fut construit vers 1060, à la gloire de Shiva sous le règne de Udayadityavarman II. Il est connu sous le nom de  « montagne d’or » (svarnadri).

Il se dressait au sommet d’une colline artificielle, mais avait pratiquement disparu au cours du temps avant d’être dégagé et consolidé en plusieurs étapes, de 1908 à 1918, par l’Ecole française d’Extrême Orient. Envahi de nouveau par la végétation au cours du XXe siècle, il est en restauration depuis 1995. Le Baphuon est une pyramide à cinq gradins composée de 300’000 pièces de grès de 500 kg chacune, toutes sculptées et uniques, qui racontent notamment le Ramayana (épopée indienne).

Le temple a la particularité d’avoir subi un profond remaniement dans sa structure, peut-être au XVe siècle, pour constituer un gigantesque Bouddha couché au deuxième étage de la face Ouest.

14. Angkor Vat, (1113-1177) ; c’est le roi Suryavarman II (1113-1150) qui fonda Angkor Vat, temple montagne ouvert vers l’Est et consacré à Vishnu; ce temple est toujours resté en activité comme un sanctuaire hindouiste puis bouddhique. C’est l’un des monuments religieux les plus grands du monde et il est considéré comme un modèle d’harmonie architecturale et artistique.

15. Bayon, (1181-milieu de 13° siècle) ; après la mise à sac d’Angkor par les Cham, en 1181 Jayavarman VII réussit à restaurer la puissance de l’Empire. Il fit construire une nouvelle capitale à Angkor Thom, instaura le bouddhisme mahayana comme religion d’Etat et bâtit au centre de la nouvelle capitale le temple du Bayon avec ses effigies du bodhisattva Avalokitesvara.

Les formes architecturales ne changent pas mais de nouveaux éléments apparaissent : les tours à visages, les balustrades de géants polycéphales flanquant les avenues d’entrée, la terrasse des éléphants, les fausses fenêtres à balustre.

Une période appelée post-angkorienne prend le relais à partir de l’abandon de la capitale Angkor après sa conquête par les Siamois en 1431 jusqu’à nos jours.



 

Cosimo Nocera est historien et guide du Musée national de Bangkok. Il a vécu et travaillé en Italie, Suisse et en Amérique andine (Pérou, Equateur et Bolivie). Après un long séjour en Asie du Sud-Est, il vit actuellement en Suisse française.

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