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Le catéchisme sur les murs, introduction/3Saint Christophe, le Christ du Dimanche

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Les peintures des murs d’églises

Les peintures murales sont le centre d’intérêt de notre série d’articles « Le catéchisme sur les murs » ; plus précisément, nous nous intéressons aux peintures médiévales, sur une période allant dans les grandes lignes de la chute de l’Empire romain d’Occident (conventionnellement située au moment de l’abdication de l’empereur Romulus Augustulus, le 4 septembre 476) à la fin de l’Empire romain d’Orient (située au moment de la chute de Constantinople en 1453). 

La présente suite d’articles introductifs sert de mise en contexte à cette série, qui s’attache à montrer, souvent sous la forme d’articles thématiques ou historiques, quelques églises suisses, italiennes et françaises possédant des peintures murales médiévales.

Articles introductifs

1. Le christianisme et l’art. Pour ou contre l’image ? La Bible des pauvres 

2. Les Morts et les Vivants

3. Saint Christophe, le Christ du dimanche

4. Le Jugement dernier, l’Enfer, la Gueule d’Enfer, Le Diable

5. Le Purgatoire, le Paradis, les Anges 


Saint Christophe

Comme nous allons le voir ci-après, l’image de ce Saint, très présent dans la peinture des murs d’églises, est directement reliée à la mort.

Tout en étant très réputé, ce Saint n’est pas documenté historiquement. On sait qu’il était connu au Proche-Orient, berceau du christianisme, depuis le Ve siècle et que son culte s’est propagé en Europe en passant par l’Italie. Sa représentation à travers les peintures d’églises, à l’intérieur puis à l’extérieur des lieux de culte, aurait débuté vers le Xe siècle.

La diffusion massive de son culte au Moyen Âge tardif est due à sa légende, largement diffusée grâce à la Legendaaureade Jacopo da Varazze (1263-73)1.

Cette légende nous raconte que le géant Christophe était au service d’un ermite vivant au bord d’un cours d’eau, en tant que passeur de gué. Pour assurer ses pas il était porteur d’un long bâton. Une nuit, un enfant lui demanda le passage. Il le chargea sur ses épaules et entreprit de traverser la rivière. En cours de route l’enfant devint de plus en lourd et Christophe éprouva beaucoup de peine à rejoindre l’autre rive. Après que l’enfant eut touché terre, le passeur lui fit part de ses efforts pour le transporter ; c’est alors que l’enfant se fit connaître. Il révéla au géant qu’il venait de transporter le Christ, le baptisa et lui demanda d’enfoncer son bâton dans la terre. S’étant exécuté, le lendemain Christophe constata que le bâton portait des feuilles et des fruits.

Se basant sur la légende, dès le XVe siècle l’image du géant, devenu Saint Christophe, acquit les caractéristiques que nous retrouvons de nos jours encore sur les murs d’églises.

Sur le plan iconographique, autour de la seconde moitié du XIVe siècle l’image du Saint passa d’une représentation frontale rigide vers un portrait de profil plus souple. Le Christ, quant à lui, après avoir été longtemps transporté dans le creux du bras gauche replié du passeur, s’installa sur son épaule dès la moitié du XVe et se mit souvent à porter le globe impérial. De plats, les habits de Christophe devinrent plus amples et plissés ; l’eau, qui s’arrêtait aux chevilles du géant, remonta ensuite jusqu’à ses genoux. L’élément liquide s’enrichit de poissons et d’autres créatures et symboles aquatiques. De simple bout de bois, le bâton devint un arbrisseau avec des frondaisons. Le fond des images s’anima de paysages et on vit parfois apparaître la figure d’un ermite muni d’une lampe.

Souvent, les images représentant St Christophe se situent à proximité d’une peinture du Christ du Dimanche ou des Jours de Fêtes (cf. ci-après).

St Christophe était invoqué par les croyants contre la grêle, le feu et la famine. Mais son mérite tout particulier était la protection contre la mort subite et involontaire (mala mors), l’un des pires risques qu’encourait un travailleur, voyageur, commerçant ou pèlerin : mourir sans l’assistance d’un homme d’église compromettait l’admission à la vie éternelle. A une époque où les voyages et le travail en pleine nature étaient semés d’embûches, l’invocation de St Christophe était une grande source de réconfort.

C’est pourquoi, après l’avoir peint à l’intérieur des églises, on passa à la peinture extérieure rappelant à chaque passant les pouvoirs du Saint. A noter que les images de St Christophe se trouvent toutes sur les façades d’églises situées le long de chemins de transit commerciaux et de voies de pèlerinages, notamment à travers les Alpes.

Après la Réforme protestante des débuts du XVIe, le culte de Saint Christophe déclina fortement dans les régions passées à la foi nouvelle. Ses images furent chaulées ou détruites, pour être redécouvertes et restaurées dès le XIXe siècle.

* La brochure de Hans-Peter RYSER, Der heilige Christophorus im Berner Oberland, 1991, apporte d’importants renseignements au sujet du Saint.


Images de St Christophe de face

Images St Christophe de profil


La Tour de Saint Christophe à Berne (Christoffelturm)

Le Saint Christophe de Berne est une figure emblématique, placée non pas sur une façade d’église, mais sur l’une des plus importantes tours de l’enceinte défensive d’une ville importante.

Construite entre 1344 et 1346, la tour s’était d’abord appelée Obertor. Entre 1467 et 1470 on agrandit la niche située du côté de la ville et on y plaça une petite statue du Saint, remplacée en 1498 par une autre statue de 9,7 m de haut, sculptée dans du bois de tilleul. Lors de la Réforme protestante (1528) le géant perdit le statut de Saint pour assumer celui de portier puis de Goliath. Il perdit son auréole et son bâton et Jésus disparut de son épaule ; par contre, il acquit un chapeau à plumes ainsi qu’une hallebarde. C’est à partir de 1581 que la tour prit le nom de Tour de Christophe (Christoffelturm).

En 1864, les exigences du progrès amenèrent le Conseil communal de Berne à voter à une courte majorité de 4 voix – avec une participation électorale de 41 % – la destruction de la tour et de la statue pour faire place au trafic.

On ne conserva que la tête, les pieds et les mains de Saint Christophe, les restes de la statue étant offerts aux habitants nécessiteux comme bois de feu.

On peut trouver de nos jours l’original de la tête de Sait Christophe au Musée d’histoire de la ville de Berne, ainsi que ses pieds en une main ; une copie de la tête fut placée dans le passage souterrain de la gare de Berne, à l’endroit où se trouvaient les fondations de la tour.

La présence d’une statue géante du Saint à la sortie de la ville rappelle clairement son statut de protecteur des voyageurs.



Images du Christ du Dimanche ou des Jours de Fêtes

Rares, présentes surtout dans les Alpes suisses, italiennes, autrichiennes et slovènes, mais aussi en Grande-Bretagne et en Europe centrale, ces images du Christ montrent la souffrance provoquée sur son corps par le travail des hommes le dimanche ou les jours de fêtes. Les symboles du travail interdit sont montrés au travers d’outils agricoles ou artisanaux et d’activité correspondantes.

Le but de ces peintures à forte composante morale, que l’on trouve dans les églises dès le Haut-Moyen Âge (XIII-XVIes siècles), est lié à l’affirmation de la sanctification des jours fériés comme le prescrit le 3e commandement. Charlemagne lui-même en fait mention dans l’Admonitio generalis 3



Jacopo de Fazio, appelé Jacopo da Varazze ou da Varagine naquit à Varazze/Ligurie en 1228 et mourut à Gênes en 1298. Il entra dans l’ordre des Dominicains en 1244 et fut archevêque de Gênes de 1292 jusqu’à sa mort. Jacopo da Varazze est connu pour sa Chronique de Gênes et surtout pour sa Legenda aurea, importante source de biographies de saints et de symboles iconographiques.

Après l’introduction de la réforme protestante à Zürich en 1520, en 1528, sous l’influence du religieux Berchtold Haller, Berne introduisit à son tour la Réforme dans son canton et ses bailliages.

L’Admonitio generalis est une loi promulguée par Charlemagne en 789 ; elle définit les termes de la christianisation entreprise par l’empereur.


 

Cosimo Nocera est historien et guide du Musée national de Bangkok. Il a vécu et travaillé en Italie, Suisse et en Amérique andine (Pérou, Equateur et Bolivie). Après un long séjour en Asie du Sud-Est, il vit actuellement en Suisse française.

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