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Sardaigne (sa Sardigna), regards sur l’île/5Nora, ville phénicienne, punique puis romaine

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Cette série d’articles consacrés à la Sardaigne consiste en cinq thèmes :

– Sardaigne (sa Sardigna), regards sur l’île/1 : quelques églises romanes en Sardaigne ;

– Sardaigne (sa Sardigna), regards sur l’île/2 : grande procession en l’honneur de St Ephysius ;

– Sardaigne (sa Sardigna), regards sur l’île/3 : une culture de l’Âge du Bronze ;

– Sardaigne (sa Sardigna), regards sur l’île/4 : paysages ;

– Sardaigne (sa Sardigna), regards sur l’île/5 : Nora, ville phénicienne, punique puis romaine .

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La ville antique de Nora

Nora se trouve sur la péninsule de Capo di Pula, située au Sud-Ouest de Cagliari.

La découverte de restes de céramiques de la civilisation nuragienne laisse supposer que les premiers habitants du site appartenaient à cette civilisation (âge du bronze); la tour de Coltellazzo aragonaise, située en face des restes, a probablement été précédée par un nuraghe. Les restes les plus anciens qui ont été retrouvés appartiennent à une nécropole dont les tombes sont datées entre la fin du VIIe et les débuts du VIe siècle avJC.

Pausanias, historien et voyageur grec du IIe siècle apJC, écrit que les Phéniciens, sous la guide du personnage mythologique Norax, débarquèrent en Sardaigne et fondèrent la ville de Nora au IXe-VIIIe siècle avJC. La ville a effectivement été utilisée par les Phéniciens comme escale saisonnière pour devenir une vraie ville au VIe siècle. C’est sur les hauteurs de Coltellazzo qu’a été édifié le premier centre urbain.

La stèle de Nora, avec ses inscriptions proches du phénicien et la première mention du nom de la Sardaigne (Srdn), a été découverte en 1773 sur le site de la ville antique ; elle date de la fin du IXe-début VIII siècle avJC. Témoin de la présence phénicienne, elle pourrait être liée au culte rendu à la déesse Pumay.

Nora était une place de commerce importante avec deux ports protégés, un sur chaque côté de la péninsule. La croissance de la ville a été favorisée par l’augmentation du trafic maritime.

Au VIe siècle apparaissent les Carthaginois : vers 545 le général Malchus, après avoir attaqué la Sicile, tente de débarquer en Sardaigne mais est vaincu. A la fin du siècle les généraux Asdrubal et Hamilcar, après s’être assurés du soutien des villes phéniciennes de Tharos (Sardaigne Nord-Occidentale) et Karalis (l’actuelle Cagliari), réussissent à conquérir Nora et la Sardaigne vers l’an 509.

Nora poursuit son développement, notamment au Ve et surtout au IVe siècle, et devient le centre d’un réseaux commercial. L’influence punique carthaginoise est peu marquée dans les ruines de la ville (Temple de Tanit, déesse principale de Carthage, nécropoles). C’est dans les nécropoles qu’ont été retrouvés de riches objets artisanaux.

Vers 238 avJC la Sardaigne est conquise par les Romains à la suite de la première guerre punique ; en 227 avJC Rome fonde la province de Corse et Sardaigne. A l’époque de la conquête romaine Nora était la ville la plus importante de la Sardaigne, capitale de la province et siège du Gouvernement ; plus tard elle sera toutefois remplacée par Karalis. Néanmoins la ville reçoit une architecture monumentale (forum, centre monumental, rues pavées, édifices publics et privés) et atteint sa plus grande splendeur aux IIIe et IIe siècles apJC. Elle compte à ce moment-là quatre thermes, un théâtre, un amphithéâtre, un aqueduc, un temple et des maisons de maître avec mosaïques.

La décadence de Nora commence au IVe siècle apJC en concomitance avec le déclin de l’Empire romain d’Occident.

Après s’être établis en Afrique du Nord et avoir pris Carthage en 445 apJC, les Vandales, peuple germanique ayant commencé à migrer massivement au Ve siècle, conquirent la Sardaigne vers 539 apJC. sous leur roi Genséric.

Les Vandales occupèrent Nora et dès lors les trafics maritimes se trouvèrent aux prises avec de nombreuses difficultés. Au VIIe siècle Nora n’est plus considérée comme une ville, mais comme une forteresse (praesidium).

Ce n’est qu’en 533-534 que le général Bélisaire, agissant pour le compte de l’empereur byzantin Justinien, chasse les vandales de Sardaigne qu’il reconquiert au nom de l’Empire romain d’Orient. L’Empire s’y maintient jusqu’au Xe siècle. Il y propage le christianisme.

Ces événements, et surtout les incursions de pirates sarrasins à partir du VIIe siècle, poussent les habitants de Nora à abandonner progressivement leur ville, qui se vide définitivement de ses habitants au VIIIe siècle, après un incendie.

La persistance des incursions sarrasines affaiblit le pouvoir de Byzance, remplacée au Xe siècle par les Judicats locaux, puis par l’entrée en scène des Pisains et Génois entre le XIe et le XIVe siècle.

Le nom de Nora est lié à la célébration du martyre de St Ephysius auquel fut dédiée en 1089 la petite église qui juxte les ruines.

Les premières fouilles du site commencèrent en 1889, mais le travail systématique fut entrepris entre 1952 et 1960.

Le site présente de nombreux vestiges plus ou moins bien conservés, dont la nécropole et le tophet (sanctuaire utilisé pour l’inhumation ou l’incinération d’enfants et/ou animaux) phénicien et punique, les quatre thermes romains avec leurs mosaïques du IIe- IVe siècle avJC, le théâtre romain, les sanctuaires de Tanit (déesse phénicienne) et d’Esculape (dieu romain) du IIe-IIIe siècle apJC , le forum, l’aqueduc, les quartiers d’habitation (p. ex. maison de l’atrium tétrastyle avec ses mosaïques du IIIe siècle avJC), les rues pavées.

Parcours du site 

Tour du Castellazzo ou de Saint Ephysius : il s’agit d’une tour de défense aragonaise édifiée en 1607.

 

Mosaïques et pavements : réalisés entre le IIe et le IVe siècle, à l’époque de l’Empire romain d’Occident.

 

Thermes : la ville comptait quatre établissements thermaux.

 

Sanctuaire oriental : ce sanctuaire de grandes dimensions occupe le versant oriental du temple de Tanit. On ne connaît pas la divinité à laquelle il était consacré.

 

Forum romain : le Forum était l’ensemble le plus important de la ville romaine, où avaient lieu les manifestations civiques, politiques et administratives. Il a été édifié au Ier siècle.

 

 

Temple romain : construit en 230 apJC il était vraisemblablement consacré au culte impérial.

 

 

Théâtre romain : Le théâtre se trouve dans le centre monumental de la ville; il pouvait accueillir jusqu’à 1200 spectateurs.

 

 

Maisons d’habitation : ces maisons font partie d’un ensemble qui se trouve sur le littoral méridional. Les fouilles ont révélé diverses niveaux de construction, de la ville phénicienne à la ville romaine.

 

 

Sanctuaire d’Esculape : le sanctuaire a été construit à l’intérieur d’une aire sacrée punique du Ve siècle; puis, au IIe siècle, on y a édifié un lieu votif avec des statues représentant des offrants et des fidèles. Enfin, au III-IVe siècle, le sanctuaire a été érigé en monument.

 

 

Maison de l’atrium tétrastyle : c’est la plus élégante habitation romaine de Nora, construite fin IIe-début IIIe siècle apJC. Tétrastyle veut dire que sa façade possédait quatre colonnes de front; celles-ci sont toujours visibles.

 

 

Ensemble polyfonctionnel : il s’agit d’une construction rectangulaire, pourvue d’un étage, dont la fonction n’est pas certaine. Les recherche récentes ont voulu y voir une insula avec des fonctions multiples d’habitations et de locaux commerciaux. Près de l’ensemble se trouvait une série de boutiques alignées le long d’une route pavée. 

 

 

Temple de Tanit : à partir d’une pierre pyramidale interprétée comme une image de la déesse carthaginoise Tanit, ces restes ont été considérés comme un temple qui lui aurait été consacré. Il est maintenant avéré qu’un lieu de culte existait à cet emplacement, daté de la fin du VI-début du Ve siècle.

 

 

Basilique chrétienne : au Ve siècle apJC, alors que le déclin de Nora avait déjà commencé, une basilique chrétienne fut construite dans la partie occidentale de la ville. Il n’en reste pas grand chose.

 

 

N.B. : les reconstitutions proviennent des panneaux illustratifs placés tout au long du site.

Cosimo Nocera est historien et guide du Musée national de Bangkok. Il a vécu et travaillé en Italie, Suisse et en Amérique andine (Pérou, Equateur et Bolivie). Après un long séjour en Asie du Sud-Est, il vit actuellement en Suisse française.

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