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Les chevaliers de St Jean : moines et soldatsLes commanderies de l'Ordre de Malte en Suisse

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L’Ordre de St Jean de Jérusalem, dit Ordre de Malte

L’origine de l’Ordre reste peu connue. Toutefois on sait qu’il s’est constitué à partir d’une communauté de frères et sœurs hospitaliers qui exerçait déjà ses activités charitables lors de la conquête de Jérusalem par les croisés en 1099. Vu sous cet angle, l’Ordre est le plus ancien ordre de chevalerie connu.

Depuis la découverte par Héléna, la mère de l’empereur Constantin, de la prétendue croix du Christ à Jérusalem, le flux de pèlerins à destination des Lieux Saints ne désemplit pas. Tout le long des routes de pèlerinage et en ville de Jérusalem furent mis en place de nombreux hôpitaux destinés à loger et nourrir les pèlerins et voyageurs, secourir les pauvres et soigner les malades.

L’hôpital consacré à St Jean Baptiste, que les croisés découvrirent en 1099 à Jérusalem se trouvait sous la direction d’un Frère Gérard, assisté d’une femme, sœur Agnès. Cet hôpital, issu du couvent de Sainte Marie Latine, avait été érigé par des commerçants amalfitains. En 1113 il obtint sa confirmation du pape Pascal II , reconfirmée en 1135 par le pape Innocent II. Cette reconnaissance provoque un afflux de donations qui permettent à l’Ordre de créer de nouveaux hospices en Terre sainte. L’hôpital réussit aussi à s’approprier quelques forteresses qu’il pourvut de chevaliers. En 1142 Raymond II, comte de Tripoli, céda à l’Ordre la forteresse du Krak des chevaliers.

 

C’est le commandeur delphinois Raymond du Puy qui, en 1130, établit la première règle de l’Ordre, confirmée par le pape Eugène III en 1153 ; le pape Anastase IV, en 1154, autorisa l’hôpital à accueillir comme membres des prêtres, soumis à l’autorité du commandeur de l’Ordre et du pape. La militarisation de l’Ordre résulta de l’afflux de nombreux frères nobles. Au Concile de Troyes, par l’intercession de Bernard de Clairvaux, les Hospitaliers obtinrent l’autorisation de pratiquer la prière et le combat. Cette tendance atteint son apogée en 1180. On parla alors d’ordre spirituel de chevaliers, moines et soldats.

Raymond du Puy institua trois classes de membres, tous astreints au service des pèlerins et malades : les chevaliers ou militaires, les chapelains ou religieux et les travailleurs, servants ou soignants. Ils portaient la même tenue : un long manteau noir avec une croix sur le côté gauche de la poitrine. Cette croix simple se transforma par la suite en une croix à huit pointes connue sous le nom de croix de Malte.

Le transfert de l’Ordre de la Palestine en Europe s’accomplit d’abord à partir des filiales établies en Italie et en France méridionale. Il reçut d’importantes donations à cause de ses activités caritatives, mais aussi de sa lutte incessante contre les Musulmans. Ces donations consistaient en terres, villages, fours, maisons, animaux, églises, fermes, produits, ainsi qu’en sommes d’argent et privilèges de la part du pape, de rois et princes. Ces biens devaient être gérés ; il se constitua alors une administration, ainsi qu’une hiérarchie.

Ces donations permirent à l’Ordre de créer un réseau de plus de mille commanderies, du Portugal à la Pologne, de l’Irlande et de la Scandinavie jusqu’en Italie. Le chapitre général recensa, pour la première fois en 1206, l’ensemble de ces institutions tout en les organisant en nations ou langues, structurées en Priorats ou Bailliages ; ces nations étaient la Provence, l’Auvergne, la France, l’Italie, l’Aragon, l’Angleterre, l’Allemagne et la Castille. Aux sièges de l’ordre à Rhodes, puis à Malte, chaque langue avait sa propre auberge servant aux réunions et au repos. Le commandeur principal de l’Ordre et les baillis chefs des nations formaient le Conseil auquel était confiée son administration.

L’entité administrative de base était la commanderie, qui pouvait comprendre des filiales appelées membres. Avec l’augmentation des commanderies on créa le prieuré regroupant plusieurs commanderies, et les grands prieurés regroupant plusieurs prieurés

Les commanderies possédaient des terres, des domaines et des exploitations agricoles et autres sources de revenus, dont les bénéfices, après déduction du nécessaire pour leurs administration, étaient transmis au siège principal de l’Ordre pour être affectés aux besoins caritatifs de l’hôpital central et à la lutte contre les Musulmans.

Les prêtres possédaient les mêmes droits que les chevaliers; il y avait parfois des nonnes qui vivaient généralement dans des couvents.

Profitant des luttes d’influence des royaumes latins en Palestine, les Musulmans commencèrent à reconquérir le terrain perdu : en 1183 le sultan Salah ed-Din s’empara d’Alep, en 1187 il reprit Jérusalem et en 1291 le dernier avant-poste chrétien en Terre sainte, St Jean d’Acre, fut occupé par le sultan égyptien al-Achraf Khalil. L’Ordre de St Jean dut se replier provisoirement sur Limassol, à Chypre. Les Templiers se retirèrent en France, mais furent supprimés au début du XIVe siècle, l’Ordre allemand s’établit d’abord à Venise, puis à Marienburg en Prusse occidentale. L’Ordre de St Jean resta le seul ordre de chevaliers actif dans la lutte contre les Musulmans et dans l’assistance aux pèlerins. A partir du XIIIe siècle l’Ordre se dota d’une flotte de guerre qui figurait parmi les plus puissantes en Méditerranée.

Les rapports avec le roi de Chypre s’étant dégradés, l’Ordre décida de conquérir l’île de Rhodes qui faisait partie de l’Empire byzantin. Sa flotte y joua un rôle important. Débarqués en 1307, ils en achevèrent la conquête en 1310 avec l’assentiment du pape Clément V. Ils y installent un Etat souverain, y créent un avant-poste chrétien et fortifièrent l’île. A partir de Rhodes, les Hospitaliers se mirent à pratiquer ce qui, à l’époque, était courant : la piraterie maritime. Après la chute de l’Ordre des Templiers, entre 1307 et 1312, l’Ordre fut chargé par le pape de continuer l’oeuvre hospitalière et militaire des Ordres chevaleresques ; ils héritèrent donc partiellement des biens du Temple ce qui doubla leurs propriétés foncières ; un certain nombre de Templiers rejoignit et renforça l’Ordre de St Jean.

Entre 1324 et 1444 les Musulmans tentèrent de s’emparer de l’île, sans succès. Après la conquête de Constantinople par les Ottomans de Mehmed II, en 1453, les Turcs réitérèrent leur tentative de prendre Rhodes en 1480 ; ce n’est qu’en 1523 que le sultan Soliman, après un long siège, réussit à conquérir l’île.

Chassés de Rhodes, les chevaliers de St Jean errèrent entre l’Italie, la Grèce et la France puis, en 1530, à l’invitation de Charles V, ils s’installèrent dans l’archipel de Malte qui leur fut cédé comme fief souverain. Par cette installation, l’empereur romain germanique voulait verrouiller l’avancée des Ottomans en Méditerranée occidentale et mettre fin aux agissements des pirates nord-africains.

Arrivé à Malte l’Ordre construisit un hôpital et fortifia puissamment l’île. Sous le commandeur Jean de la Valette les Hospitaliers résistèrent au siège de l’île par Soliman II et créèrent une ville fortifiée qui interdit aux Musulmans toute expansion ultérieure. En 1615 ils réussirent à repousser une nouvelle tentative de débarquement des Ottomans.

En 1538, du fait de la Réforme protestante, l’Ordre perdit une partie des commanderies allemandes, passées à la nouvelle foi, ainsi que leurs revenus. Elles constituèrent un nouvel Ordre appelé Chevaliers de St Jean. Cet Ordre se scinda en plusieurs ordres nationaux : Allemagne, Pays-Bas, Suède et Grande-Bretagne. En 1540, la création de la religion anglicane par Henri VIII leur fit perdre les commanderies anglaises. L’Ordre de Malte resta catholique.

Les Ottomans n’avaient pas renoncé à conquérir Malte. En 1565 ils y mirent le siège. Toutefois, le Grand Maître Jean de la Valette réussit à mobiliser en défense de Malte un grand nombre de chevaliers européens, ce qui aboutit au retrait des Turcs. A la suite de cet événement, une nouvelle ville fortifiée fut créée qui recevra en 1591 le nom de La Valette. Considérée comme un chef d’oeuvre d’architecture militaire et civile, la ville est la première d’Europe construite sur plans.

Dès lors, l’Ordre fut désigné comme Ordre souverain de Malte et garda ses prérogatives d’État souverain.

Au XVIIIe siècle l’Ordre présenta des signes de décadence. Lors de la Révolution française, en 1792 les biens de l’Ordre furent séquestrés et vendus en France. La même année, le tsar Paul Ier fut nommé protecteur de l’Ordre et de nombreux chevaliers se réfugièrent en Russie. Lors de sa campagne d’Egypte, en 1798, Napoléon conquit l’île malgré sa déclaration de neutralité. Puis, Malte fut conquise par les Britanniques en 1800. Après l’assassinat de Paul Ier en 1801,son successeur, Alexandre Ier, supprima l‘Ordre en Russie en 1817. En 1834 les Hospitaliers s’installèrent définitivement à Rome gardant leur caractère souverain, toutefois indépendant d’un territoire.

De nos jours l’Ordre se reconvertit à ses action caritatives et agit dans le monde entier.

Dès 1961 l’Ordre des chevaliers de St Jean et l’Ordre de Malte se reconnurent réciproquement en tant qu’Ordre des chevaliers de St Jean, avec une histoire et une mission communes.

Les commanderies de l’Ordre de Malte en Suisse 

A partir du XIIe siècle, dans toutes les parties de la Suisse actuelle, se formèrent des commanderies de l’Ordre de St Jean de Jérusalem.

La plupart s’établirent en Suisse alémanique : Tobel (Thurgovie); Bubikon, Küsnacht et Wädenswil (Zurich) ; Rheinfelden, Leuggern, Klingnau et Biberstein (Argovie) ; Bâle ; Hohenrain et Reiden (Lucerne) ; Münchenbuchsee, Thunstetten et Bienne (Berne) ; Salgesch et col du Simplon (Valais).

D’autres en Suisse romande : Fribourg, Magnedens et Montbrelloz (Fribourg) ; La Chaux (Vaud) ; Compesières (Genève).

Une commanderie se situait en Suisse italienne : Contone (Tessin).

Les commanderies suisses étaient attribuées aux diverses nations ou langues de l’Ordre : Compesières, La Chaux et Salgesch et leurs membres appartenaient à la langue d’Auvergne, Contone à la langue d’Italie, les autres à la langue d’Allemagne.

Actuellement, ce qui reste des anciennes commanderies présente un aspect très diversifié. Certaines ont conservé pour l’essentiel leur configuration passée; d’autres ont conservé certains bâtiments, plus ou moins transformés ou reconstruits. Pour une partie d’entre elles il ne subsiste que quelques résidus de murailles ou même aucune trace visible.

 

Sites des commanderies

 

La présentation des commanderies ci-après va d’Ouest en Est, passant de la Suisse romande à la Suisse italienne et allemande.

 

Compesières : cette importante commanderie, dont dépendaient 12 membres, se trouve dans la commune de Bardonnex, près de Genève. Une chapelle avait été donnée à l’Ordre en 1270, mais la commanderie proprement dite fut construite au XVe siècle. Les membres de la commanderie étaient organisés comme des seigneuries, avec leurs biens et dépendances, un domaine agricole géré par un fermier et des droits provenant de terres louées ou propres. Après la dissolution de l’ordre des Templiers en 1312, quatre de ses sites furent incorporés à Compesières.

Sécularisé en 1798, le site abrite actuellement la mairie de Bardonnex, la cure, une école et un Musée de l’Ordre de St Jean.

 

Fribourg : vers 1224-29, l’Ordre de St Jean s’installa dans cette ville fondée en 1157. Il comprenait une chapelle, un cimetière, un hôpital et fournissait les services pastoraux au quartier. Plus tard, s’y ajouta un hébergement pour les chevaliers et les pèlerins. En 1511 l’église devint une paroisse. Il y eut quelques différends entre la paroisse et l’Ordre, entre la commanderie et l’évêque de Lausanne, puis, en 1686, la charge de commandeur fut confiée à un membre de la famille Duding, de Riaz. La paix ainsi revenue, la commanderie connut un grand développement économique et social. Lors de la Révolution helvétique, en 1798, elle resta sous la direction du commandeur, qui la remit au canton en 1825. La maison d’habitation fut transformée en prison, puis, en 1925, en mess des officiers.

Aujourd’hui elle abrite le Service des affaires culturelles de l’Etat. L’église resta la paroisse du quartier.

 

Magnedens : on sait qu’au XIIe siècle ce village fribourgeois abritait en son sein une commanderie de l’Ordre, qui fut par la suite réunie à la commanderie de Fribourg. Il ne reste aucune trace de ce site.

 

Montbrelloz : suite à une donation d’un seigneur d’Estavayer, un hôpital avec chapelle fut fondé par l’Ordre dans ce village fribourgeois, avant 1228, près d’une source. Le site se trouvait sur l’ancienne route qui menait d’Allemagne au col du Grand Saint-Bernard. Il dépendait de la commanderie de La Chaux jusqu’en 1536, date de la Réforme protestante; la commanderie fut saisie par l’Etat et remise au chapitre de Fribourg. Elle aurait servi d’hôpital jusqu’à la Révolution helvétique en 1798.  Il n’en reste aujourd’hui que l’église de St Jean Baptiste.

 

La Chauxune commanderie située dans cette commune vaudoise avait été donnée avant 1213 à l’Ordre des Templiers par les seigneurs de Cossonay. En 1315, après la dissolution de l’Ordre, ses biens avaient été transférés à l’Ordre de St Jean. Elle comptait de nombreux membres.

Après la conquête du Pays de Vaud par les Bernois et l’introduction de la Réforme protestante en 1536, la commanderie fut supprimée et vendue à des nobles locaux en 1540. Par la suite ses bâtiments furent fortement transformés, voire démolis.

De nos jours, le bâtiment qui a remplacé l’ancienne commanderie abrite des chambres d’hôtes.

 

Moudon : dans l’actuel canton de Vaud, sur la rive droite du fleuve Broye, le quartier de Mauborget incluait l’hôpital de Saint-Jean, attesté en 1228 avec une chapelle et géré par l’Ordre de Saint Jean de Jérusalem. Cet important ensemble fonctionnait encore au milieu du XVIe siècle. La commanderie fut supprimée lors de la Réforme protestante en 1536 et transformée en hôpital bourgeoisial. L’édifice de la commanderie fut transformé à plusieurs reprises, en dernier lieu en 1758-68.

 

Salgesch : on ignore la date de l’arrivée de l’Ordre en Valais, mais on suppose que la commanderie ait été fondée par la Maison de Savoie. On sait néanmoins qu’avant 1235 les moines étaient présents sur ce site en Valais central, qui comprenait aussi l’hospice du col du Simplon. A Salgesch, l’Ordre disposait d’un domicile qui correspond à l’actuelle maison paroissiale, ainsi que d’une chapelle et d’un hôpital. En 1517 fut construite la tour appelée tour des chevaliers de St Jean. En 1537 la chapelle fut remplacée par une église gothique. Du XVIe au XVIIe siècle, Salgesch devint membre de la commanderie de Chambéry. L’hôpital fut fondé par la famille de Granges. En 1655 l’Ordre vendit le site à Kaspar Stockalper qui le revendit en 1680 à la ville de Loèche. Celle-ci revendit le site à la commune de Salgesch, qui transforma le logement des moines en maison paroissiale, transformée en 1926 et englobant la tour. L’église fut totalement transformée en 1886.

 

Col du Simplon : L’ancien hôpital Stockalper est un hospice fondé en 1235 siècle par l’Ordre de St Jean, rattaché à celui de Salgesch et dépendant, comme lui, de la commanderie de Conflans en Savoie. Il est situé sur la route commerciale qui traverse le col du Simplon, reliant la Suisse à l’Italie, très importante au Moyen Âge. En 1590 l’hôpital fut vendu à un citoyen de Brigue qui le revendit en 1655 au marchand Kaspar Stockalper ; celui-ci reconstruisit le chemin et créa un itinéraire commercial sûr à travers les Alpes à une époque politiquement troublée. A partir du XVe siècle le site acquit l’indépendance et l’Ordre se retira à Salgesch.
Ce qui reste est une haute tour carrée de quatre étages sur rez-de-chaussée, dont la façade orientale est surmontée d’un clocheton. Stockalper réservait les trois étages supérieurs à sa famille comme résidence d’été; il avait affecté le premier aux voyageurs qui y trouvaient gratuitement logis et entretien. En 1801-03 l’ensemble fut acheté pat l’Hospice du Grand St Bernard.

Acquis par le Département militaire suisse en 1980, le bâtiment fut transformé en caserne.

 

Contone : unique commanderie située en Suisse italienne, fondée avant 1198 sur la route qui du col du Monte Ceneri va vers la plaine lombarde. Il ne reste de son existence que des mentions historiques datées de 1395 et 1457, liées à des ventes de biens limitrophes au site; celui-ci devait se trouver non loin de l’église actuelle, construite au XVIIe siècle, au lieu-dit Gana. En 1569 la commanderie passa à l’hôpital Santa Maria de Lugano.

Seule trace de la commanderie, une croix de Malte placée sur le clocher de l’église, offerte par un Grand-Maître de l’Ordre.

 

Münchenbuchseecette commanderie située dans le canton de Berne est la plus ancienne de Suisse : elle a été fondée en 1180 à la suite d’une donation du chevalier Cuno von Buchsee, qui avait auparavant visité trois fois le tombeau du Christ et avait été l’hôte de l’Ordre. Après la confirmation de la donation par le pape Célestin II, la construction de la commanderie put commencer : elle comprenait la forteresse de Buchsee, un bâtiment conventuel, la maison du commandeur et une église. Plusieurs maisons membres complétaient l’ensemble. En 1329 la commanderie s’allia à la ville de Berne. Elle était considérée comme un ensemble important et sa situation économique était excellente. Au XVIe siècle la forteresse fut transformée en château. En 1529, lors de la Réforme protestante, son commandeur remit la commanderie, de même que celle de Thunstetten, au canton de Berne qui transforma la maison du commandeur en siège baillival, puis en maison paroissiale, la maison conventuelle en dépôt du blé et d’autres édifices en bâtiments administratifs. Une partie des autres bâtiments devint une école. En 1804, le château fut confié au pédagogue Henri Pestalozzi pour y installer son école. Plus tard, il fut transformé en école normale et, à partir de 1890, en un centre pédagogique pour enfants sourds-muets.

 

Thunstetten : étroitement liée à la commanderie de Münchenbuchsee, Thunstetten fut fondée entre 1180 et 1210 par des nobles locaux. Jusqu’en 1330 les commanderies de Thunstetten et Reiden avaient le même commandeur, puis c’est Münchenbuchsee qui constitua une double commanderie avec Thunstetten. Lors de la conquête de l’Argovie par Berne la commanderie se retrouva sous le contrôle de cette ville. En 1460, elle devint un membre de la commanderie de Fribourg en Brisgau/Allemagne. A cause de sa mauvaise gestion et de son endettement, la commanderie connut une période de décadence avant d’être supprimée lors de la Réforme protestante en 1528 et d’être reprise par le canton de Berne. De nos jours son couvent a été transformée en maison paroissiale; l’église a été reconstruite au XVIIIe siècle, seule sa tour remonte à l’origine de la commanderie.

 

Bienne : cette commanderie, fondée par le commandeur Heinrich Staler de Küsnacht en 1454-56, est la dernière institution de l’Ordre fondée en Suisse. On construisit d’abord une église, puis un couvent. Plus tard on installa un hôpital et une bibliothèque. En 1528 la ville de Bienne rejoignit le canton de Berne ; lors de la Réforme protestante, en 1536, la commanderie fut supprimée et reprise par la ville. Entre 1589 et 1715 l’ancienne commanderie servit d’hospice pour les indigents. En 1751 on construisit un hôpital qui dura jusqu’en 1745. Dès 1751, une partie de la commanderie fut transformée en bibliothèque. En 1818 les bâtiments furent transformés pour accueillir un lycée, puis transformés encore à plusieurs reprises. Actuellement à l’emplacement de l’ancienne commanderie se trouve une école.

 

Bâle

La  première mention de cette commanderie date de 1206 lorsqu’elle reçut des biens en fief. Elle consistait en quelques constructions avec une chapelle et un cimetière. Dès 1365 les commanderies de Bâle et Rheinfelden formèrent une double commanderie et relevèrent d’un seul commandeur. Lors de la Réforme protestante, vers 1520, la ville de Bâle chercha à s’emparer de la commanderie, mais dut ensuite la restituer à l’Ordre ; le commandeur fixa alors sa résidence à Rheinfelden restée catholique. En 1806 les bâtiments furent acquis par la ville de Bâle et vendus à un privé. De nos jours il n’en reste aucune trace.

 

Hohenrain : la commanderie fut bâtie sur le site d’une implantation romaine ; elle remonte à 1175 lorsqu’une église et un tour furent construites in situ. En 1182-83 apparut un acte de donation des seigneurs de Hohenrain-Wangen pour la construction d’un hôpital. La commanderie se place sur le chemin qui du Nord de l’Allemagne conduisait à Lucerne, puis au col du St Gothard. Au XVe siècle la commanderie devint un lieu de pèlerinage très fréquenté. Avec la ville de Lucerne, l’Ordre signa en 1413 un accord qui le plaça sous sa protection. L’institution devint un centre de soins pour anciens combattants. Lors de la Réforme protestante le canton de Lucerne plaça la commanderie sous surveillance. En 1798 la République helvétique déclara Hohenrain et Reiden biens nationaux, puis en prononça la liquidation en 1807. Après le décès du dernier commandeur en 1819 la commanderie devint bien de l’État. De larges parties des édifices médiévaux ont été conservés. Depuis 1847 le site accueille une institution pour sourds-muets et la bibliothèque communale.

 

Reiden : commanderie lucernoise fondée en 1280 sur les terrains que les seigneurs d’Ifenthal vendirent à l’Ordre. Son importance lui vint de sa position géographique sur la voie qui relie Bâle au col du St Gothard. A ses débuts, la commanderie dépendait de celle de Thunstetten puis, en 1390, de celle de Münchenbuchsee. A partir de 1407, Reiden fit partie du territoire lucernois; au milieu du XVe siècle, elle dépendit de la commanderie de Leuggern, dès 1472 de celle de Hohenrain. Lors de la Réforme protestante, Lucerne la soumit à l’autorité de baillis.

Le canton de Lucerne la liquida en 1807 et la transforma en maison paroissiale; de nos jours elle sert aussi de local pour des événements.

Une partie de l’ancienne commanderie fut démolie et remplacée par des constructions fonctionnelles.

 

Rheinfelden : fondée en 1212 par le chevalier Berchtold de Rheinfelden, cette commanderie est située dans l’actuel canton d’Argovie. Elle comportait un hospice.   Détruite en 1448 par les Autrichiens, la commanderie fut reconstruite à l’intérieur de la ville. Sa reconstruction se termina en 1458 et en 1490 on construisit une chapelle dotée de peintures murales de l’école de Schongau, du XVe siècle. Dès 1495 Rheinfelden devint un membre de Bâle. Après l’introduction de la Réforme protestante à  Bâle, les membres de cette dernière commanderie se retirèrent à Rheinfelden, restée catholique. Par la suite, la situation de la commanderie se détériora et en 1803 elle fut reprise par le canton d’Argovie qui la sécularisa en 1806 et l’absorba en 1810. En 1813 elle fut rachetée par un industriel qui y installa une entreprise agricole. La chapelle appartient actuellement à la ville et la commanderie a été transformée en appartements de location.

 

Leuggern : en 1231, les seigneurs de Bernau en Argovie donnèrent leurs propriétés foncières à l’Ordre de St Jean. La commanderie fut construite autour de l’église et dépendait de Bubikon dont elle obtint son autonomie en 1251. Avec Klingnau, fondée en 1257, Leuggern formait une double commanderie, sous la même direction. L’importance de ces deux commanderies était due à leur position géographique de passages près du Rhin. Lors de la conquête de l’Argovie par les Bernois, en 1415 la commanderie tomba dans la dépendance des Confédérés. Lors de la Réforme protestante, Leuggern et Klingnau restèrent fidèles au catholicisme.

En 1806 le canton d’Argovie sécularisa l’établissement et le transforma en un domaine d’Etat. En 1809-10 les bâtiments furent vendus à la commune qui les transforma d’abord en asyle de vieillesse puis en hôpital de district.

 

Klingnau : elle fut créée en 1251 par le fondateur de la ville, Ulrich von Klingen, qui donna à l’Ordre un maison à bâtir pour la construction d’une commanderie. En 1257 on bâtit la maison des religieux  et une chapelle.

L’histoire de cette commanderie est liée à celle de la commanderie de Leuggern. C’est en 1268 que le siège des deux sites fut transféré à Klingnau, d’où les deux institutions étaient gérées jusqu’en 1415. Plus tard, la direction retourna à Leuggern.

Il s’agit d’une des rares commanderie suisses qui, jusqu’au XVe siècle, comptait aussi une maison de nonnes.

Comme Leuggern, Klignau fut fermée en 1806 et sécularisée. Reprise par le canton d’Argovie, elle fut vendue en 1809-10 à la ville de Klingnau. En 1989 son église, qui était devenu le siège d’une fabrique de cigares, fut transformée en un centre scolaire et paroissial.

 

Biberstein : en 1335 le commandeur de Klingnau Rudolf von Büttikon fonda cette commanderie avec les fonds excédentaires de sa propre commanderie. Dix ans plus tard le comte Johann de Habsbourg vendit à la nouvelle commanderie la forteresse et la ville de Biberstein. On y construisit un couvent. La commanderie devint une importante base économique située dans une zone conflictuelle où s’opposaient les intérêts des Habsbourg et des Confédérés. En 1416 la ville fut détruite lors d’un incendie. L’année précédente la région avait été conquise par le canton de Berne qui conféra à la commanderie le droit de cité bernois. En 1535 le commandeur du priorat d’Allemagne, dont Biberstein dépendait, vendit l’ensemble de l’institution au canton de Berne qui y installa un bailli. Les armoiries apposées sur les murs du château témoignent encore de nos jours de cet événement. Le nouveau canton d’Argovie prit possession de la commanderie en 1804 et la transforma en école ; depuis 1889, c’est une institution pour handicapés qui s’y est installée.

 

 

Küsnacht : cette commanderie est le résultat de la vente d’une ferme avec son église, en 1538, par le prieur d’Embrach au prieur d’Allemagne. D’abord dépendante de Wädenswil, elle obtint son autonomie à la fin du XVe siècle. Commende de prêtrise, elle se consacra  au service religieux, aux pauvres et malades et à l’instruction de la   jeunesse. En 1396 elle conclut un alliance avec Zurich. 

En 1525, déjà, la commanderie avait adopté la Réforme protestante. Après la mort de son commandeur à la bataille de Kappel, en 1531, à l’époque des guerres de religion, elle fut sécularisée par le canton de Zurich.

Au XIXe siècle, l’ancienne commanderie fut profondément transformée et remplacée par l’Ecole normale puis l’Ecole cantonale zurichoise.

 

Wädenswil :  en 1287 le commandeur de Bubikon acheta la forteresse de Wädenswil du seigneur Rudolf III; à sa mort, en 1300, l’Ordre reprit la seigneurie. Soumise à la commanderie de Bubikon, elle s’en sépara vers 1330 pour y retourner au XVe siècle. La commanderie comprenait un couvent et accordait l’hospitalité aux pèlerins et malades. Son importance lui vint de son implantation, située sur une route allant de Zurich vers la Suisse centrale et le sud. En 1342 elle s’allia à la ville de Zurich qui obtint le droit, en 1484, de nommer ses administrateurs. Lors de la Réforme protestante, en 1529, le commandeur se convertit à la nouvelle foi et en 1549-50, la commanderie fut vendue au canton de Zurich qui dut démanteler la forteresse et la maison de l’Ordre en 1557, à la demande des Confédérés.

De nos jours, il ne reste de la commanderie que quelques vestiges de murailles de l’ancienne forteresse.

 

Bubikon : en 1191 le seigneur Diethelm de Toggenbourg donna à l’Ordre une ferme et une église ; c’est au début du XIIIe siècle que fut inaugurée la commanderie qui réussit à se constituer un important patrimoine : cela lui permit de fonder de nouvelles commanderies à Tobel en 1226, Leuggern en 1251, et à Wädenswil en 1287. Au XVe siècle l’institution tomba sous la souveraineté du canton de Zurich ; néanmoins elle garda une certaine indépendance. Lors de la Réforme protestante, en 1528, la nouvelle foi lui fut imposée, mais Zurich dut la restituer à l’Ordre après sa défaite contre les Confédérés en 1532. Entre 1532 et 1789 l’Ordre loua la commanderie à un administrateur nommé par Zurich. Suite à un certain nombre de conflits, en 1790 la commanderie fut vendue à un patricien zurichois qui la revendit au canton. En 1806 la commanderie fut  supprimée et le canton y installa une prison. De nos jours, l’ensemble est géré par une fondation. Ses bâtiments sont restés préservés pour l’essentiel et elle abrite un musée de l’Ordre, ainsi qu’une exploitation agricole.

 

Tobel : fondée en 1226 par le comte Diethelm de Toggenbourg, qui, en expiation de l’assassinat de son frère Friedrich, créa cette commanderie, située dans le canton de Thurgovie, pour en faire le site funéraire de sa famille. Toutefois le site devint rapidement une commanderie indépendante. En 1444 Tobel avait le même commandeur que la commanderie de Feldkirch/Autriche, mais en 1610, l’Ordre vendit Feldkirch aux Bénédictins. En 1460 les Confédérés conquirent la Thurgovie et la commanderie se retrouva dans leur dépendance. Lors de la Réforme protestante, en 1530, les membres de la commanderie se réfugièrent à Feldkirch, mais retournèrent à Tobel en 1533, après la bataille de Kappel perdue par les cantons protestants. En 1744-47 les bâtiments de la commanderie furent remplacés par une construction à trois ailes qui existe toujours. Son église avait été démontée en 1706 et reconstruite à proximité. A l’époque de la Révolution française, l’Ordre abolit la commanderie qui fut reprise en 1809 par le canton de Thurgovie. Celui-ci y installa une prison. En 1992 le site fut transformé en exploitation agricole. De nos jours l’ensemble est géré par une fondation.

En complément à cette liste de commanderies suisses, nous avons ajouté une commanderie située en Italie : la commanderie de Gênes, qui a joué un rôle exceptionnel de par sa situation géographique : elle constituait le port maritime le plus proche de la Suisse.

Pendant tout le Moyen-Âge son hôpital et ses églises furent un important relais pour les marchands, hommes d’armes, pèlerins, ecclésiastiques qui du Nord de l’Italie, de Suisse  et du reste de l’Europe se rendaient dans les autres ports méditerranéens, notamment ceux du Levant.

Fondée en 1150 par Guglielmo da Voltaggio, cette commanderie comprenait deux églises superposées, ainsi qu’un hospice. L’église supérieure était réservée aux chevaliers de l’Ordre, l’inférieure accueillait les habitants de la ville et les pèlerins. En 1180 frère Guglielmo change le nom de l’église et la consacre à St Jean, patron de l’Ordre. L’hospice était aussi construit sur deux niveaux, l’inférieur étant réservés aux pèlerins, le supérieur aux malades et convalescents ; les deux niveaux comportaient des arcades exposées au sud, en vue du bien-être des occupants des lieux. L’hospice et les églises étaient reliés par un passage.

A partir du XIIe siècle, Gênes et Venise devinrent les principaux points de départ des voyageurs partant pour la Terre Sainte et la commanderie de St Jean de Pré y gagna en importance.

Au XVIIIe siècle, la commanderie fut transformée en paroisse.

Restée un important ensemble roman, elle fut restaurée entre 1962 et 1992 et accueille actuellement un musée et théâtre : l’hospice accueille aussi des expositions, les églises étant ouvertes au public.

 

N.B. Cet article a été rédigé après consultation des ouvrages suivants :

– Betrand Galimard Flavigny, Histoire de l’Ordre de Malte, Perrin, Paris, 2006 ;

– Walter G. Rödel, Der Johanniterorden, Helvetia Sacra, Schwabe, Basel, 2006

– Association helvétique de l’Ordre souverain militaire de Malte, Commanderies helvétiques, 1999

 

 

 

 

 

 

 

 

Cosimo Nocera est historien et guide du Musée national de Bangkok. Il a vécu et travaillé en Italie, Suisse et en Amérique andine (Pérou, Equateur et Bolivie). Après un long séjour en Asie du Sud-Est, il vit actuellement en Suisse française.

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